Avertissement : cet article est un piège affectif. Je vous préviens, mais vous allez quand même lire jusqu’au bout.
Quand j’écris un roman, j’ai rarement l’impression de raconter une histoire. J’ai surtout l’impression de poser des questions (à moi-même, en premier, au lecteur ensuite). Des questions qui tournent en boucle, qui s’invitent dans les moments silencieux, sous la douche ou dans les embouteillages, et qu’on préférerait souvent laisser sans réponse.
Ce que l’on oublie de vivre en est particulièrement chargé. Malorine, mon héroïne, les affronte une à une grâce à un casque expérimental qui lui permet d’explorer ses « Et si… ? ». Vous, vous n’aurez pas le casque. Mais vous aurez les questions.
Question 1 : Y a-t-il un choix que vous n’avez jamais vraiment assumé ?
Pas le choix spectaculaire, le grand virage de vie dont on parle facilement. Celui-là, on a appris à le raconter, à lui donner du sens, à en faire une belle histoire ou un bon film.
Je parle de l’autre. Celui qu’on a fait discrètement, presque par défaut. Rester dans cette ville parce que partir demandait trop d’énergie. Accepter ce poste parce que l’autre faisait peur. Ne pas dire quelque chose à quelqu’un parce que le moment n’était pas vraiment le bon.
Malorine, elle, a accumulé ces choix-là pendant quarante-cinq ans. Et un jour, sans crier gare, ils ont formé une vie entière qu’elle ne reconnaît plus tout à fait.
La vraie question n’est donc pas « avez-vous fait de mauvais choix ? » (tout le monde en fait), mais : est-ce que vous les avez vraiment regardés en face, ou est-ce que vous les avez juste rangés
Question 2 : Quel rêve avez-vous mis « en pause » sans vous souvenir de l’avoir décidé ?
Il y a une chose étrange avec les rêves qu’on abandonne : on ne se souvient presque jamais du moment précis où on l’a fait. Il n’y a pas de grande scène, pas de décision officielle. Un jour, on réalise simplement qu’on n’y pense plus, que ça fait longtemps, que « plus tard » s’est transformé en « jamais » sans qu’on signe quoi que ce soit.
Dans ce roman, Malorine explore les versions d’elle-même qui ont dit oui à ce qu’elle a tu. Et ce qu’elle découvre, c’est que ses rêves n’ont pas disparu. Ils l’attendent, quelque part, dans une vie parallèle qu’elle n’a jamais vécue.
Quel est le vôtre ? Celui que vous citeriez si on vous posait la question à brûle-pourpoint, avant que vous ayez le temps de trouver une bonne raison de l’oublier encore ?
Question 3 : Si vous pouviez observer votre vie de l’extérieur, que verriez-vous que vous ne voyez pas de l’intérieur ?
C’est l’une des choses que j’aime le plus dans le dispositif narratif que j’ai inventé pour ce roman : Malorine ne vit pas seulement ses vies alternatives. Elle se regarde vivre. Elle devient, le temps d’un saut dans l’inconnu, la spectatrice de ses propres existences possibles.
Et ce qu’elle y voit la surprend toujours un peu. Parce que de l’intérieur d’une vie, on voit très mal. On est trop proche, trop dans l’urgence du quotidien, trop occupée à gérer pour vraiment observer. C’est le regard extérieur – d’un ami, d’un thérapeute ou d’un livre – qui permet de voir ce qu’on a cessé de voir.
Si quelqu’un regardait votre vie comme un film, qu’est-ce qu’il remarquerait en premier ? Quelque chose qui vous manque ? Quelque chose que vous avez sans vous en rendre compte ? Ou quelque chose que vous subissez depuis si longtemps que vous l’avez confondu avec la normalité ?
Question 4 : Est-ce que vous choisissez votre vie, ou est-ce que vous la suivez ?
Il y a une différence entre les deux. Subtile, mais réelle.
Suivre sa vie, c’est avancer dans le sillon tracé par les circonstances, les attentes des autres, les habitudes installées et les décisions prises il y a longtemps par une version de vous-même qui n’existe plus tout à fait.
Choisir sa vie, c’est autre chose. C’est décider, régulièrement, que ce qu’on fait est bien ce qu’on veut faire. Pas parfaitement. Pas sans doutes. Mais consciemment.
Malorine, quand on la rencontre au début du roman, suit sa vie depuis un bon moment. Elle ne s’en est pas tout de suite rendu compte. C’est souvent comme ça.
Et vous ? Quand avez-vous choisi, pour la dernière fois, de manière vraiment délibérée, quelque chose d’important dans votre vie ?
Question 5 : S’il n’était pas trop tard pour changer quelque chose, est-ce que vous le feriez ?
Voilà la question qui fait le plus peur, je crois. Parce qu’elle implique deux réponses inconfortables, quelle que soit la direction qu’on prend.
- Si vous répondez non : alors il faut vivre avec l’idée qu’on est exactement là où on a choisi d’être. Ce qui est soit très rassurant, soit légèrement vertigineux selon les jours.
- Si vous répondez oui : alors il faut vivre avec l’idée qu’il n’est effectivement pas trop tard, et que l’obstacle, c’est peut-être vous.
Mon roman ne donne pas de réponse toute faite, ce n’est pas son rôle. Mais il montre, à travers Malorine, que la question mérite d’être posée.
Et maintenant ?
Vous pouvez faire deux choses :
- Fermer cet article, laisser les questions se dissoudre dans le quotidien, et passer à autre chose. C’est une option tout à fait respectable. Je ne vous en voudrai pas.
- Ou vous pouvez lire le roman, et laisser Malorine explorer ces questions à votre place, en toute sécurité, entre les pages.
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Et si vous avez une réponse à l’une de ces cinq questions, je serais curieuse de la lire.
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