[Transfert vers environnement immersif en cours…]
[Synchronisation mémoire secondaire… ]
[Fragment récupéré : “MALORINE” ]
Elle n'a jamais été racontée.
Mais elle s'est produite.
[Connexion stabilisée…]
J’ouvre les yeux. Trop vite. Mauvaise idée. Un casque. Des écrans. Des boutons dans tous le sens. Une odeur de métal et de kérosène, et quelque chose qui ressemble très fort – très très fort – à l’intérieur d’une fusée.
Je tourne la tête. Lentement. Comme si la lenteur allait arranger quoi que ce soit. Un homme en combinaison blanche me regarde avec le calme de quelqu’un qui fait ça tous les jours. Ce qui, j’imagine, est le cas.
— Décollage dans 10 secondes.
— Pardon ?
9…
— Non mais attendez, il y a erreur là. Je voulais juste…
8…
— J’ai signé où pour ça, moi ? Montrez-moi le document, je veux voir ma signature !
7…
Je cherche une sortie. Une porte. Une trappe. Un bouton rouge avec marqué SORTIE DE SECOURS POUR LES GENS QUI N’ONT RIEN DEMANDÉ.
6…
— Je ne suis même pas attachée correctement !
5…
Le siège se resserre, automatiquement. Comme s’il avait senti que j’allais tenter quelque chose. Le traitre.
4…
Mon cœur tape si fort que j’ai l’impression qu’il va décoller avant la fusée.
3…
— OK. D’accord. Très bien. On fait ça. On fait vraiment ça…
2…
— Adieu le monde.
1…
Silence.
Puis une poussée. Violente, brutale, magnifique – ces trois mots que je n’aurais jamais cru associer un jour. Je suis écrasée contre mon siège, ne pouvant plus bouger ni parler. Et je ris. Je ris comme une idiote, comme quelqu’un qui a tout lâché d’un coup. Je ris avec les larmes qui partent en arrière parce que la gravité n’existe plus vraiment.
La Terre rétrécit. Elle devient petite. Puis minuscule. Puis un souvenir.
Je lève une main. Elle ne tombe pas. Elle reste là, dans le vide.
— Oh…
C’est tout ce que je trouve à dire. Oh. Après quarante et quelques années de vie, de mots, de conversations et de discours intérieurs, il ne reste que ça. Un petit oh suspendu dans l’espace.
[Fin de simulation]
[Ou début d’une autre version]
ACTIVITÉ NEURONALE EN COURS D’ANALYSE...